Switch to Dual Emblem Display

Page icon  Link to an image of this page  [a1r]
GEORGIAE
MONTANEAE,
NOBILIS
GALLAE,
EMBLEMATUM
CHRISTIANORUM
CENTURIA,
Cum eorundem Latina interpretatione.
CENT
EMBLEMES CHRESTIENS
DE DAMOISELLE GEORGETTE
DE MONTENAY.
TIGURI
Apud Christophorum Froschoverum. M. D. XXCIIII. Page icon  Link to an image of this page  [a1v] Page icon  Link to an image of this page  [a2r]
A TRESILLUSTRE
ET VERTUEUSE
PRINCESSE,
MADAME JEANNE D’AL-
BRET, REINE DE NA-
VARRE, GEORGETTE
de Montenay hum-
ble salut.

EN rougissant, voire & tremblant de crainte
De ne pouvoir venir à mon atteinte,
Je pren en main la plume pour escrire
Ce que ne peux assez penser ne dire:
Dont me voy pres d’une juste reprise,
Si je poursuy si hauteine entreprise,
De commencer & ne parfaire point.
Il est meilleur de ne s’en mesler point:
Dira quelcun plus que moy avisé:
Mais bon vouloir n’est jamais mesprisé,
Combien qu’il soit tant seulement utile
Lors que l’effect luy est rendu facile.
Regardant donc ma foible petitesse,
Page icon  Link to an image of this page  [a2v] Et l’approchant de la haute hautesse
De voz vertus, (ô Princesse bien nee)
Je per le coeur, ma Muse est estonnee,
Combien que j’ay la plume encor en main.
Mais pour tel faict travailleroit en vain:
Car beaucoup moins voz vertus immortelles
Pourrois nombrer que du ciel les estoilles.
Par force donc suis contreinte me taire,
Pour n’estre pas ditte trop temeraire,
Laissant traitter voz vertus magnifiques
Aux excellens poetes angeliques,
Qui toutesfois n’ont pas meilleur vouloir:
Mais trop je sen debile mon pouvoir.
Ce neantmoins tant que vive serai,
Par mes escrits en vers confesserai
Que l’Immortel de vous faisant son temple
Vous façonna pour estre à tous exemple,
Et vrai pourtraict de son image saincte
Que lon contemple en reverence & crainte.
Il n’a voulu d’un seul don vous pourvoir,
En vous faisant Reine de grand pouvoir,
Acquerir los, voire plus haut qu’en terre:
Mais a rempli vostre vase de terre
De ses tresors en nombre non nombrable:
Et c’est ceci que je tien admirable,
Page icon  Link to an image of this page  [a3r] Recognoissant ce qui en vous reluit
N’estre de vous, ains de Dieu qui y mit
Une foy vive qu’en vous il a plantee
Pour par icelle en son fils estre entee,
Comme les fruicts en rendent tesmoignage,
Quand avez fait que maint bon personnage
Est recuilli doucement en voz terres,
Et les Chrestiens recevez de bon vueil,
C’est au seul Christ que faites tel acueil.
Car quand les Rois ne les peuvent souffrir,
Vous leur venez biens & pais offrir,
Voire à celui lequel à Christ s’avouë,
Sans s’espargner. Donc forçe est que j’avouë
Que l’Eternel en vous a fait merveille.
Dames ouyez, chascune se reveille
Pour contempler en joye & en liesse
Les faitz de Dieu envers une princesse.
Veuillez de cueur ses graces recognoitre,
Et ainsi qu’elle il vous fera renaitre
En sainteté, justice, & cueur humain.
Car tous ces dons sont tousjours en sa main
Pour sur les siens par son Fils les espandre.
D’autre costé ne vous faut rien attendre.
Ce n’est qu’abus, mensonge, tromperies,
Où nous avons trop noz ames nourries.
Page icon  Link to an image of this page  [a3v] Ne souffrez plus, damoiselles gentiles,
L’esprit rené vaquer à choses viles:
Ains employez l’à mediter les faits,
Et faire escrits de cil qui nous a faits,
Et qui nous veut à lui par Christ unir,
Si nous voulons à lui par foy venir.
Or quant à moy (Princesse) j’ay courage
Vous presenter ce mien petit ouvrage:
Et craindrois fort devant vous l’approcher
S’il vous plaisoit le voir & eplucher
Au grand midi de vostre oeil cler-voyant,
Soit demi clos plustost humiliant
Pour regarder chose si mal limee,
Mal à propos & sottement rimee.
Encor à vous les fautes paroistront
Qu’au plus beau jour autres ne cognoistront.
Vostre bonté mon imperfection
Couvre, en prenant ma bonne affection.
Car si j’enten qu’y ayez pris plaisir,
Lors sentiray m’accroistre le desir,
De travailler à quelque autre oeuvre faire
Qui vous pourra plus que ceste-cy plaire,
Que j’entrepren non par temerité,
Mais pour fuyr maudite oisiveté,
Qui de tout vice est la droite nourrice.
Page icon  Link to an image of this page  [a4r] Pensant aussi qu’il sera bien propice
A mainte honneste & dame & damoiselle
Touchees au coeur d’amour saint & de zele,
Qui le voyans voudront faire de mesmes,
Ou quelqu’autre oeuvre à leur gré plus qu’Emblémes:
Que toutesfois pourront accommoder
A leurs maisons, aux meubles s’en aider,
Rememorans tousjours quelque passage
Du saint escrit bien propre à leur vsage,
Dont le Seigneur sera glorifié,
Et cependant quelcun edifié.
Mais quant à vous (las, ma Dame) je n’ose
Vous dire rien de si petite chose.
Petit je dy, ce qui est de ma part:
Grand en cela qui vient d’où le bien part.
Si vous sentez qu’il gratte trop la rongne
A qui a tort, contre Verité grongne,
Pardonnez moy: le temps le veut ainsi,
Et verité m’y a contrainte aussi.
Car ce fol monde ignorant se consomme,
Et ne se veut point reveiller nostre homme.
Donques afin que nous le reveillons,
Ces cent pourtraitz serviront d’aguillons
Pour reveiller la dure lascheté
Des endormis en leur lasciveté.
Page icon  Link to an image of this page  [a4v] Alciat feit des Emblémes exquis,
Lesquels voyant de plusieurs requis,
Desir me prit de commencer les miens,
Lesquels je croy estre premier chrestiens.
Il est besoin chercher de tous costés
De l’appetit pour ces gens degoustés:
L’un attiré sera par la peinture,
L’autre y joindra poesie, & escriture.
Ce qu’imprimé sera sous votre nom,
Lui donnera bon bruit & bon renom.
Or tout le but & fin ou j’ay pensé
C’est le desir seul de veoir avancé
Du fils de Dieu le regne florissant.
Et veoir tout peuple à luy obeissant:
Que Dieu soit tout en tous seul adoré,
Et l’Antechrist des enfers devoré.
Et vous (ma Dame) en qui tout bien abonde,
Miroir luisant & perle de ce monde,
Que me daignez faire si grand honneur,
Que recevoir ce mien petit labeur,
Combien que soit de voz grandeurs indigne,
Est de l’honneur & service le signe
Que je vous doy, & preten de vous rendre
Toutes les fois qu’il vous plaira le prendre.
Je ne puis rien augmenter par priere
Page icon  Link to an image of this page  [b1r] Vostre grandeur & vertu singuliere.
Vous devez donc en toute obeissance
Vous contenter de Christ, qui jouïssance
De ses tresors vous a voulu donner,
Lesquelz n’avez voulu abandonner.
Je requier donc, pour fin de ce propos,
Qu’apres voz jours entriez au vrai repos.

Vostre treshumble & tresobeïssante
Subjette, vraye & fidele servante
Que de nommer honte n’ay,
Georgette de Montenay.

Page icon  Link to an image of this page  [b1v]
Aux Lecteurs.

AMis lecteurs, je ne prendray grand peine
Pour excuser ma rude & sotte veine,
Sachant que ceux qui ont coeur vertueux
Ne me voudront estre si rigoureux
De n’excuser le sexe feminin,
D’un coeur courtois, & d’un vouloir benin.
Mais ceux qui sont plus amis d’ignorance
Que de vertu & de vraye science,
Je voy desja de coeurs envenimez
Jetter sur moy leurs charbons allumez.
Mais j’ay espoir, que leurs brocards & rage
Ne me feront aucun mal ne dommage,
Et ne pourra leur malice engarder
Le simple & doux de lire & regarder:
Voire en notant d’esprit gentil & fin
De chasqu’ Emblésme & le but & la fin.
Ce qu’ayant veu, il luy sera notoire
Que je ne quier que du seul Dieu la gloire.
Je say aussi que plusieurs voudront faire
Ainsi qu’aucuns, desquels ne me vueil taire,
Qui vont ouyr, ce disent-ils, le presche,
Mais plustost vont lácher leur langue fresche,
Pour dechiffrer l’un l’autre à qui mieux mieux.
L’un dit ainsi, Le prescheur clost les yeux,
Page icon  Link to an image of this page  [b2r] L’autre les ouvre, ou fait semblant de choir,
L’autre dit bien, mais il crache au mouchoir.
L’un bransle trop le col, l’autre la main.
Pour de telles gens lon se travaille en vain,
Le sainct parler ne leur bat que l’oreille,
Endurcissant leurs coeurs gros à merveille.
Je m’atten bien que de mesme feront
Quand ces chrestiens Emblésmes ils liront,
Comme desja j’ay veu en ma presence,
Que, sans avoir egard à la sentence,
L’un une mine ou quelque chappeau note
Qui serait mieux faicte à la huguenotte:
L’autre me dit, que pour vray amour feindre,
Ne le devois en ceste sorte peindre.
J’y consen bien: mais cestui ancien
Tiendra ce lieu tant qu’en aye veu le sien.
Je l’enquis bien de quelqu’autre maniere:
Mais la response est encores derriere.
Je say qu’aucuns entre les anciens
Ont figuré amour par des liens:
Mais en ceci il n’eust pas convenu,
Puis que tout est par amour soustenu.
Il faut qu’il ait mains pour tout soustenir:
Non pas qu’il fale à tel erreur venir,
Dire que Dieu ait mains, ni corps aussi.
Dieu est esprit qu’on ne peut peindre icy.
Page icon  Link to an image of this page  [b2v] Ce vray amour, ou charité en somme,
Que Dieu aussi saint Jean proprement nomme,
C’est cestui-là, duquel j’enten parler,
Non Cupido, qu’on veut faire voler.
Cest amour tient le monde en sa puissance,
Et conduit tout par sa grand’ providence.
Or volontiers prendray correction
Des vertueux pour l’imperfection
Qu’en ce livret & autres oeuvres miennes
Se trouveront, fors des oeuvres chrestiennes
Qui bon accord auront & convenance
Aux livres saincts, de Dieu la sapience.
Je ne pensoie quand j’entreprin d’escrire,
Que jusqu’à vous il parvinst pour le lire.
Ains seulement estoit pour ma maison:
Mais on me dit que ce n’estoit raison,
Ainsi cacher le talent du Seigneur
Qui m’en estoit tresliberal donneur.
Ainsi conclu, crainte chasser à part,
Et vous en faire à tous comme à moy part:
Vous suppliant, si rien vous y trouvez
Qui ne soit bon, que ne le recevez,
Et m’excuser en fin. Or pour à Dieu,
Prenez le bon, donnez la gloire à Dieu.

Page icon  Link to an image of this page  [b3r]
A ma Damoiselle Georgette de Mon-
TENAY, AUTHEUR DU LIVRE,
SON HUMBLE SERVITEUR SALUT.

De l’Eternel le vueil non content seulement
De t’avoir (o Georgette) assez abondamment
Orné & enrichy, de ses dons precieux,
Et des graces qu’on voit reluire aux vertueux:
Pour se faire cognoistre icy bas en tout lieu
Aux Chrestiens zelateurs de la gloire de Dieu,
Il a voulu & veut, cent Emblémes Chrestiens
Estre mis en lumiere: tu les peux dire tiens:
Tiens, je di, pource que l’invention est tienne:
Laquelle, en les lisant, on cognoistra Chrestienne:
En cela plus louäble, & aussi l’inventeur,
Que non du fabuleux & la fable & l’auteur,
Comme l’on veit jadis à l’embleme ancien,
Duquel & la figure & le sens n’avoit rien
De Chrestien dedans soy. Ceux doncques qui liront
Ce Chrestien livre icy, l’Eternel beniront,
Ton zele loueront, & pourront prendre envië
D’ainsi faire, & de suivre ce qui meine à la vie.

P. D. C. Page icon  Link to an image of this page  [b3v]

Luserat haec patrio Montana Georgia versu,
Voce canens soli carmina sacra Deo.
Lascivis procul illa iocis, pravoque lepore,
Crescentem celebrant relligione fidem.
Suave etiam casto profluit ore melos.

L. C. S.

Quod meliora facit nemo Montana, rotundo
Sermone ex patrio carmina, vel paria
De vestro seclo, quàm tu (cui tota videtur,
Quaecumque huic seclo, Suada habitare animum)
Desipiat si quis miretur: nam Deus ipse
Quo canitur certus carminis autor adest.

T. R. A. Page icon  Link to an image of this page  [b4r]

Engraved portrait of Georgette de Montenay.
[Click on image to enlarge]


Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

 

Back to top