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LES VRAIS POURTRAITS
DES HOMMES ILLUSTRES EN
piete ET doctrine, du tra-
vail desquels dieu s’est servi en ces derniers temps,
pour remettre sus la vraye Religion en divers pays
de la Chrestienté. Avec les Descriptions de leur
vie & de leurs faits plus memorables.
plus, quarante quatre
Emblemes Chrestiens.
Traduicts du latin de Theodore de Besze.

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A GENEVE,
PAR JEAN DE LAON.
M.D.LXXXI. Page icon  Link to an image of this page  [(∵)1v]

Woodcut portrait of James VI of Scotland
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IACOBUS 6 DEI GRATIA REX SCOTORUM IN UTRUNQUE PARATUS.

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A TRES-ILLUSTRE PRIN-
CE JACQUES SIXIESME, PAR
la grace de dieu serenissi-
ME ROY D’ESCOSSE.

SIRE, les gens de bien prenent
plaisir aux louanges de la vertu:
& n’y a homme, s’il n’est meschant,
qui soit marri d’en ouir parler.
Pourtant, comme j’espere que ce
mien effort agreera à vostre Ma-
jesté Royale, & aux vertueux:
aussi je m’atten bien que les vi-
cieux, & non autres, ne seront pas aises de voir ce livre, dans
lequel j’ay entreprins louër les personnages, qui non seulement
ont aimé & maintenu, mais aussi qui ont remis en honneur la
mere des vertus, c’est asavoir la vraye Religion. Si je n’ay pas
fait ce que la dignité d’une telle vertu, & la valeur de ces
personnages requeroit (comme aussi c’est chose du tout impos-
sible) cela puis-je dire, que je m’y suis employé de tout mon pou
voir. Or si quelqu’un, sans s’arrester à mon dessein, estime que
ceux que je magnifie comme maistres & docteurs de pieté, doy-
vent au contraire estre condamnez comme meschans: je laisse
un tel se saouler de son erreur, si mieux il n’aime suspendre son
Page icon  Link to an image of this page  [(∵)2v]avis, & en croire d’autres juges. Mais à l’avanture, aucuns,
des nostres mesmes, eussent trouvé meilleur qu’on n’eust in-
seré dans ce livre aucunes images: de peur que les adversai-
res (que nous accusons d’estre idolatres) ne prenent occasion de
là de nous calomnier. Je leur respon, ce qu’ils n’ignorent pas,
que la pourtraiture, tailleure, & autres telles sciences, qu’on
sait pouvoir estre appliquees à divers bons usages, ne sont à
condamner en elles mesmes. Si la vive voix touche jusques
au coeur les escoutans, on ne sauroit nier, puis que nous ne
pouvons ouir sinon ceux que nous voyons, que la presence des
personnes ne nous esmeuve bien fort, voire jusques là que nous
reverons les gens d’autorité, encores qu’ils ne disent mot. Qui
empesche donc, comme par le moyen des livres nous entendons
la conception des bons & savans personnages, qui apres leur
trespas communiquent ainsi familierement avec nous, qu’aussi par
leurs vrais pourtraits nous ne gaignions ce point de pouvoir
contempler, &, par maniere de dire, deviser avec ceux de qui
la presence nous estoit honnorable tandis qu’ils vivoyent? Si
quelques uns passent mesure es reverences & caresses faites
aux vivans, ou rafolissent & s’abrutissent apres les images des
trespassez, dressees temerairement, & contre la defense expres-
se de Dieu, es temples des Chrestiens, cela ne nous attouche
en rien. Car tant s’en faut que nous commettions telles fautes,
que mesmes nous procurons soigneusement que les lieux ou
se font les sainctes assemblees soyent nets de telles ordures. Je
puis dire cela de moy, qu’en lisant les livres de tels personna-
ges, & sur tout, jettant les yeux sur leurs effigies, je suis autant
esmeu, & poussé aussi vivement en sainctes pensees, que si je
Page icon  Link to an image of this page  [(∵)3r]les voyois encor preschans, admonestans & reprenans leurs
auditeurs. Or, le desir que j’ay eu de faire part d’un tel bien à
tous ceux qui aiment la pietè, est la cause qui m’a induit de
mettre en lumiere les pourtraits de quelques hommes illu-
stres de notre temps, des plus remarquables seulement, non
pas de tous, (pource que cela peut estre seroit reprenable) &
de ceux qui sont decedez, afin qu’on ne pense que je vueille
flatter les vivans: produisant à ceste fois ceux que j’ay re-
couvrez, & laissant l’espace vuide de ceux desquels les por-
traicts ne sont encor venus en mes mains, avec une briefve
description de la vie & vacation de chascun d’iceux. L’or-
dre que j’ay tenu à les renger est tel. J’ay donné le pre-
mier lieu aux Pasteurs renommez en diverses contrees &
Eglises de l’Europe, considerees distinctement, avec leurs do-
ctes associez: pource que du temps de nos peres & du no-
stre, les Eglises & bonnes lettres ont esté remises sus par le
ministere de ces personnages. Le second livre est reservé pour
les Rois, Princes, Magistrats, & Gouverneurs de Republi-
ques, nourrissiers de l’Eglise: & pour les vaillans chefs de
guerre qui mesmes ont espandu leur sang pour main-
tenir la vraye Religion. Mais dautant que plusieurs
grandes raisons me contraignent de differer l’edition de ce
deuxiesme livre, tandis je prieray instamment tous ceux
à qui ce mien dessein ne desplaira point, qu’ils m’aident
à le poursuivre, en m’envoyant au moins les vrais pour-
traits de ceux qu’ils estimeront dignes de la louange
donnee aux autres. Et quant à ce que j’ay conjoint à ceux
de ce premier livre quelques uns, de France nommément,
Page icon  Link to an image of this page  [(∵)3v]lesquels ont combatu la verité par ignorance, plustost que par
malice, comme j’estime; ou qui ont mieux aimé s’acommoder
au plus grand nombre, qu’avoir tel soin qu’il apartenoit de
leur conscience: j’espere que personne ne trouvera mauvais que
je les aye joints aux autres, apres qu’on aura leu ce que j’escris
au dessous de leurs pourtraits. Outre ce j’ay adjousté quarante
quatre Emblemes, me persuadant qu’ils seront agreables aux
lecteurs debonnaires, à cause des sentences notables & Chre-
stienes qu’iceux Emblemes contienent.

Au reste, Sire, j’ay prins la hardiesse, & non sans juste
occasion d’offrir ce mien labeur à votre Royale Majesté.
Car puis que chascun sait qu’estant poussé des vostre enfance
par une adresse speciale de l’esprit de Dieu, vous avez si affe-
ctueusement & heureusement embrassé l’estude des langues
& des sciences Liberales, vous aidant de personnages excel-
lemment versez en icelles, nommément de M. George Bucha-
nan, que je puis nommer le pere des bonnes lettres, specialement de
la poësie latine, & de M. Pierre Jonck, docte entre les doctes:
que, moyennant la faveur de Dieu, lon s’asseure que bien tost
reflorira en vous la vertu de ces anciens Princes tant renom-
mez pour leur erudition & pour leurs exploits valeureux:
& que mesmes vous les surpasserez presques tous en ce point,
que desja vous vous monstrez tres-affectionné à la vraye Re-
ligion ignoree de la pluspart d’iceux: pouvoyje me represen-
ter quelque autre Prince, qui prinst plus grand plaisir que
vous à ouir celebrer ceux qui par leur savoir & pieté se ren-
dent si recommandables? Davantage, puis que vous avan-
Page icon  Link to an image of this page  [(∵)4r]cez le royaume de Jesus Christ en Escosse, avec tel & si grand
zele, que le renom de vostre singuliere pieté vole par tout le
monde, & que l’Eglise de Geneve, à laquelle je sers, est une
parcelle de ce royaume du Fils de Dieu: j’ay pense m’acquit-
ter de mon devoir en me joignant à vos sujets, &, selon ma por-
tee, faisant quelque reconoissance à vostre Royale Majesté du
grand bien que nous recevons par vostre moyen. Outreplus
(ce que je desire estre prins en bonne part) estant ainsi, par la grace
de Dieu, que l’Eglise de Geneve se peut attribuer une
bonne partie du bien que le Royaume d’Escosse a receu par le
ministere de ces deux bons serviteurs de Dieu, Jean Cnox
Escossois & Christofle Gudman Anglois: & que les Eglises
d’Escosse semblent estre jointes de quelque lien special, & de
commune confession de foy, & de discipline Ecclesiastique aus-
si, avec celle de Geneve: j’ay voulu faire voir, & comme nouër
encores plus fort ceste mutuelle liaison en Jesus Christ: ce que j’e-
spere que personne ne pourra trouver mauvais. Je diray da-
vantage, puis que la beneficence des Eglises d’Escosse est par-
venue jusques aux ministres François refugiez à Geneve à
cause de la Religion, depuis quelques annees en çà: que plu-
sieurs Escossois ont en diverses sortes orné nostre eschole, entre
autres Henri Scrimger tres-docte Jurisconsulte, mort trop tost
pour nous, André Melvin n’agueres l’un des ornemens de
nostre college, & maintenant principal de celui d’Escosse,
George Keyt fils de l’illustre Mareschal de vostre royaume,
envoyé jusques ici par son pere, afin de profiter aux bonnes
lettres, & encores aujourd’hui nous y voyons François Stuard,
Page icon  Link to an image of this page  [(∵)4v]jeune Seigneur de grande maison, monstrant desja en ce bas
aage les traits de tres-grandes vertus: pourquoy eusse-je
laissé passer ceste occasion de reconoistre les biens receus, &
dont je ne puis presenter autre recompense? Recevez donc,
SIRE, ce present, qui est petit, si on considere ce qu’il con-
tient du mien, mais plein d’exemples singulierement beaux,
desquels je desire que vous puissiez voir de plus en plus vo-
stre Royaume anobli, maugré les efforts de Satan. Le Roy
des Roys, qui a si liberalement espandu en vous les semences
des plus belles vertus, les face croistre heureusement, & vueil-
le tellement favoriser vostre Majesté Royale, que non seule-
ment vous conserviez la bonne attente que toute la Chrestienté
a conceuë de vous, mais aussi qu’à l’avenir vous puissiez de-
venir beaucoup plus vertueux, qu’on ne sauroit n’esperer. De
Geneve le premier jour de Mars, l’an M D LXXX.

De vostre Serenissime & Royale Majesté
Le tres-humble serviteur
Theodore de Besze.

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