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EMBLEMATA
ANDREAE ALCIATI
I. C. clarissimi
Latinogallica,
Unà cum succinctis argumentis, quibus
Emblematis cuiúsque sententia
explicatur.

LES EMBLEMES
LATIN-FRANCOIS DU
Seigneur
Andre Alciat
excellent Jurisconsulte.
Avec argumens succincts pour entendre le
sens de chasque Embleme.
En la fin est la vie d’Alciat.

La version Françoise non encor
veuë cy devant.
A PARIS
Chez Jean Richer Libraire, rue S. Jean de
Latran, à l’Enseigne de l'arbre Verdoyant.
1584.
Avec Privilege du Roy. Page icon  Link to an image of this page  [ã1v]
EFFIGIES ALCIATI
V.C. Mediol. J.C.

Woodcut portrait of Alciato.
[Click on image to enlarge]

Virtuti fortuna comes.

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AVANT-PROPOS
DU TRANSLATEUR SUR
ceste nouvelle version des Emblemes
d’Alciat.

COMME le bon vin
n’a que faire de
bouchon pour estre
mieux ou plustost
vendu: aussi un li-
vre qui apporte
proffict & conten-
tement à l’esprit, n’a besoin d’autre re-
commendation pour se faire estimer
& mettre en credit, heu esgard à sa bon-
té intrinseque (affin-que j’use du mot
du Droit) qui porte quant & soy-tes-
moignage sans reproche. Ce que nous
entendons icy employer particuliere-
ment pour les Emblemes du Seigneur
André Alciat, Milannois, tres-renom-
mé Jurisconsulte, qui ont esté si bien
recommandez par le jugement de tous
Page icon  Link to an image of this page  [ã2v] hommes de sçavoir & entendement,
que depuis plus de quarente ans qu’ils
ont commencé d’estre publiez, & de-
puis amplifiez par l’auteur (d’ailleurs
bien renommé pour la singuliere dex-
terité d’esprit qu’il a employee à es-
clercir la Jurisprudence) non seule-
ment sont venus en lumiere de l’im-
pression de plusieurs villes de l’Europe,
mais interpretez & translatez en di-
verses langues vulgaires, comme en
l’Italiane, l’Espagnole, l’Alemande, la
nostre Françoise, de maniere que le li-
vre, de soy rare, & plein de grandes &
admirables recerches a esté fait public
& commun à tous bons esprits: mais tel-
lement public toutesfois, que jamais il
n’est pourtant decheu de sa rarité, que je
mesure à la doctrine exquise, choisie, &
tiree des meilleurs cerveaux que la ve-
nerable antiquité nous ait onques
produits. De fait il n’y a Embleme qui
ne comprenne en soy l’argument &
matiere d’un entier discours pour ba-
stir un juste volume: & n’y a rien en
tout, qui ne soit pur, elegant, & de si
Page icon  Link to an image of this page  [ã3r] bonne grace, que les doctes y ont tous-
jours trouvé dequoy se contenter, &
tous autres de proffiter. Donques en
faveur de nostre nation Françoise, à la-
quelle principallement sommes rede-
vables, nous avons mise hors ceste
translation de nouveau, du merite de
laquelle nous faisons & prenons pour
juges bien volontairement tous ceux
qui sont capables d’entendre l’inten-
tion de tant de bons ouvriers, à qui
nous devons grand’ partie de l’inven-
tion de cest opuscule. Nonobstant ce-
la nous ne laissons de nous tenir desja
pour tout asseurez, que quelques uns
trop soudains à juger (comme ceux qui
aussi tost qu’ils oyent sonner le mar-
teau de l’orloge, impatiens de com-
pter, & attendre un petit, demandent
quelle heure il est) diront incontinent
qu’ils ont ja veu cy devant les Emble-
mes d’Alciat traduits en ryme Françoi-
se, de là concluans qu’il n’estoit besoin
d’en faire d’autre. Ausquels je confes-
seray l’antecedent estre vray, mais non
la consequence, pour les raisons que
Page icon  Link to an image of this page  [ã3v] je veux bien desduire, affin de conten-
ter un chascun autant qu’il me sera
possible. Je sçay bien que quelque par-
tie de cest oeuvre a esté premierement
translatee par Maistre Jean le Fevre,
Secretaire de Monseigneur le Cardi-
nal de Givry: laquelle version pour
estre assez passable, pour le temps au-
quel elle fut publiee, s’est trouvee re-
cevable, à faute de quelque autre
meilleure. Car le bon homme pour
s’estre trop superstitieusement borné
à des huitains, où il pensoit enclorre le
sens de chasque Embleme, n’a pas (sauf
meilleur jugement) respondu à la gra-
vité du sujet, ayant le plussouvent à u-
sage d’estrivieres, ou allongé ou accour-
cy par trop la belle sentence, à laquel-
le il estoit raisonnable asservir les mots,
& non au contraire. Depuis ce temps
là un personnage d’assez bonne erudi-
tion, nommé Bartelemy Aneau s’en-
tremit de tourner ces Emblemes vers
pour vers: & de fait sa traduction en
a esté publiee d’impression de Lyon
premierement, & puis de Paris il y a
Page icon  Link to an image of this page  [ã4r] desja beaucoup d’annees: à quoy il s’est
tellement comporté, qu’il a voullu suy-
vre comme à la trace son Alciat, le ren-
dant en autant de vers François, com-
me il en y a au Latin: luy pensant bien
que ce fut un tour d’habile homme
d’apparier nostre langue, de soy beau-
coup riche, & feconde, à la Latine, qui
est succincte & autrement sterile, à par-
ler par comparaison. Mais pour en di-
re à la verité, il s’est mis en trop gran-
de servitude, & partant n’a pas mieux
fait pour ainsi faire, d’autant que la
brieveté à laquelle il s’est lié, a engen-
dré quasi par tout une obscurité mal-
plaisante, & pleine de sentences con-
traintes & mal-agencees: de maniere
que pour avoir voullu affecter ceste
traduction vers pour vers, s’attachant
quasi au nombre des mots, il a fait
que le sens en est de beaucoup dete-
rioré, & obscurci, par consequent peu
ou point intelligible. Ce que me sera
fort aisément accordé par ceux qui, a-
vec ce qu’ils ont la teste bien faite, ont
aussi cest avantage qu’ils entendent
Page icon  Link to an image of this page  [ã4v] l’une & l’autre langue, estant bien cer-
tain que le Latin a autres termes, caden-
ce & syntaxe, ou agencement de mots
que le François: aussi nostre langue ne
se conduit pas comme la Latine, soit
au fait de la prose, ou langage non lié,
soit au fait des carmes, ou oraison liee
de certain nombre de syllabes. Je diray
bien plus, quoy que la langue Grecque,
riche en mots & compositions, ait
beaucoup plus de convenance avec la
Latine, si est-ce que nous ne voyons
point que les excellents poëtes Latins
qui ont suivy au plus pres qu’ils ont
peu les Grecs, se soyent tant religieuse-
ment asservis que de compter tousjours
le nombre des carmes, & rendre comme
autant de mots qu’ils on [=en] trouvoient
és auteurs Grecs qu’ils se proposoient
rendre en leur langue naturelle. Non-
obstant suis-je bien d’accord que ce-
luy qui rend brievement & propre-
ment un auteur, jusques à le suivre pas
à pas, merite non petite louange: mais
aussi je maintien que la brieveté ne peust
pas tousjours estre accompagnee de
Page icon  Link to an image of this page  [ã5r] proprieté, & autres vertus du langage:
de façon que tel esprit est servil & plein
d’affectation, qui se propose ainsi parler
ou escrire. Car pour le trousser court,
cela est de trop grand labeur, & où il n’y
a pas grand proffit ou louange: aussi avec
ce qu’il est plein de curiosité non neces-
saire, il n’y a point de grace. Non que je
vueille par expres blasmer l’industrie
du traducteur Aneau, qui de vray a-
voit le goust des bonnes lettres: mais
pour monstrer que son labeur & dili-
gence a esté entreprinse & poursuivie
trop curieusement, d’autant qu’il avoit
moyen d’esclercir son auteur à moin-
dres frais, & avec plus de nayveté,
que se contraindre ainsi qu’il a fait, ayant
mieux aymé, comme il semble, plaire à
soy-mesme, que non pas aux lecteurs
de sa version.

Quant est de ceste cy, afin que je ne
semble me prevaloir par le descri que
je fay des autres, je t’advertis, Lecteur,
que je la traçois & esbauchois l’an pas-
sé à heures que j’estois contraint perdre
dans un bateau, voyageant plusieurs
Page icon  Link to an image of this page  [ã5v] fois par occasion, de ce lieu de Paris,
à Corbeil, & d’illec à Estampes: n’ayant
pour lors autre chose meilleure pour
passer temps, & recreer mon esprit, assez
impatient de regarder seulement les
mousches voleter, & prendre garde
d’où venoit le vent. A quoy quand je
m’employois, je ne pensois rien moins
qu’à communiquer telle besongne au
hazard du public, & à la censure d’un
siecle si delicat qu’est le nostre: où rien
n’est mieux ou plustost receu que ce
qui appreste à rire: rien plustost ache-
té que quelque discours de beurre
frais, imprimé du jourd’huy: rien plu-
stost rejetté, ou du moins negligé, que
ce qui est serieux & profitable: brief
où rien ne plaist que par le ministere
du Trompette jazard & sans cervelle,
que lon nomme Ouyr dire: qui jamais
n’est fondé que sur opinion volage, ou
assez mal asseuree.

Quoy que c’en soit, je me suis acquit-
té icy, non avec tant de scrupule comme
quelques autres eussent peu faire, &
mesmement ceux qui ont accoustumé
Page icon  Link to an image of this page  [ã6r] de resver beaucoup d’heures sur un
pas de mousche: ou pour en capter
gloire & louange, comme si c’estoit un
oeuvre de plus grande & plus hardie en-
treprinse: mais afin de communiquer à
nos François quelque portion du plaisir
& contentement que j’ay des ma pre-
miere jeunesse receu de ce livre, que
j’ay leu & releu tant de fois, que non
seulement je l’ay retenu par coeur, mais
en ay tiré tout le suc, pour m’en servir
en choses plus graves & serieuses. Si la
version n’en est si exacte, ce m’est assez
de dire, que j’ay fait ce que j’ay peu, &
sans me presser autrement, n’ayant ja-
mais peu faire, en matiere d’estude, cho
se qui me vint à peine ou regret, tant
peu soit. Si j’ay esté en quelques en-
droits trop licentieux à bastir les Em-
blemes de plus de sortes de vers, ou a-
bondant, & comme m’estant donné
carriere, comme lon dit, en usant de
circonlocutions, je l’ay fait pour m’e-
stre accommodé à la sentence qui le
requeroit, & pour rendre mon auteur
plus intelligible: aussi qu’il ne me sem-
Page icon  Link to an image of this page  [ã6v] bloit raisonnable me si fort assujettir
aux mots, eu esgard à ce que j’ay re-
monstré dessus, c’est que nostre langue
vulgaire ne suyt le train de la Latine.
Somme j’ay fait ce que j’ay peu, ou plu-
stost ce que j’ay voulu seulement, & non
plus: car de ce que je devois pour la
beauté de tant de diverses matieres, il
ne m’a encor esté possible, d’autant
que cela me sembloit estre de trop lon-
que alene. Avec ceste version j’ay mis des
sommaires discours pour esclercir l’ar
gument de chasque Embleme, autant
que j’en ay apposé au Latin, en faveur
de ceux principallement qui se dele-
ctent à la conference de l’une & l’autre
langue. Sur tout je me suis mis en quel-
que debvoir de parler François, sans
affectation ou deguisement, que je quit-
te bien volontiers à nos frizez escri-
vains, qui ont beaucoup d’affeterie, &
presque point de nayveté: dequoy je
me rapporte entierement à tous bons
maistres du mestier, & recuse pour ju-
ges des à present ceux qui ne trouvent
rien de bon que ce qui plaist à leur goust
Page icon  Link to an image of this page  [ã7r] depravé. Ainsi Lecteur, tu pourras si
bon te semble, user du labeur que j’ay
entreprins volontairement: que si pour
quelque occasion tu l’estimes non assez
digne de ta faveur, & bien de par Dieu,
possible pourra-il estre gracieusement
receu & carressé d’aultres qui en sçau-
ront faire leur proffit, ou seront exci-
tez de faire mieux. Dequoy je les prie
de bien bon coeur, avec promesse d’icy
& des maintenant ne jamais leur en-
vier pour ce regard, où ils se trouveront
avoir mieux besongné, ains en sçavoir
gré, voire quitter les armes pour telle
entremise, & leur accorder paisible-
ment la louange meritee. Adieu Le-
cteur, quiconques sois. d’Estam-
pes, le quatrieme Jun, 1583.

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DE EMBLEMATE

Emblema, ducitur ab ἐμβάλλεσθαι, quod est in-
terserere, vel iniicere. accipitur enim significatione pri-
maria, pro ornamento exemptili, quod ad placitum, vasis, ar-
genteis, aureis, aliisve tolli & reponi possit: qualia sunt sigilla,
rerumque & flosculorum simulachra ingeniosè fabricata, de-
pictave. quod Cicero nos docuit, & Iurisperitorum lib. in l.
Cùm aurum 19. § Idem Celsus: & l. Pediculii argenteis, §.
1. D. de auro, argen. mundo leg. Quicquid ergo interseritur
ornatus gratia, nec modò vasis sed & abacis, parietibus pa-
vimentis, vestibus, denique rebus aliis quibuscunque, em-
blema dici potest, Sed per metaphoram tamen id nominis con-
vertitur ad orationis genus quibusdam quasi colorum seu
sententiarum pigmentis comptum, vestitumque. Hic emble-
mata sunt picturae quaedam ingeniosè ab ingeniosis homi-
nibus excogitata primùm repraesentatae, iisque literis similes
quae Hieroglyphicae ab Aegyptiis nominatae, arcana sapien-
tiae vestustissimorum hominum symbolis, & sacris celaturis
continebant: cuius doctrina mysteria non nisi initiatis &
intelligentibus committì permittebant, à quibus non iniu-
ria profanum vulgis arcebant. Est enim aemulatus hic no-
ster auctor, quoties à severiore legum studio ad humanita-
tis artes, reficiendi animi causa diverteret ex variis arti-
ficum nobiliorum locis arguta & lapida sanè symbola par-
tim legit, partium suo arbitratu ad eruditum quendam sen-
sum novo cultu proposuit: quae omnia (ne hanc doctrinae li-
beralis partem mediocribus, & non ita peritis invidisse vi-
deretur) eleganti certeque docta explicatione illustravit: in
quibus picturam quamque suum declarat epigramma ver-
bis ita puris & delectis, ut nihil supra possit esse. Quamquam
autem ea varia sint & multiplicia, possunt tamen, nisi fal-
lor, omnia revocari ad tria generae [=genera] , ut alia sint historica, qua
le illud de Leaenae statua aerea in acropoli Atheniensi posita,
de quae 13. emblemate triumphus M. Antonii de interfecto
Cicerone, 29, Hunni Scythici descriptio, 37. & si quae alia
sint. Physica, ut sunt Bacchi & Pallidis simulachra in ea-
dem ara, 23. ut de ciconiae pietatae, 30. quae tamen, ut alia
omnia, reduci ad mores possunt.

DE L’EMBLEME.

EMbleme, est un mot Grec, qui vient du
verbe emballestai, qui signifie entrelasser,
ou mettre dedans. car en premier sens il est
prins pour quelque enrichissement qui se peust oster
ou mettre à plaisir aux vases d’argent, d’or & autres:
Page icon  Link to an image of this page  [ã8r] comme sont les seaux, & pourtraits des choses &
fleurs ingenieusement fabriquez ou depeints: ce que
nous enseigne Ciceron, & les livres des Jurisconsul-
tes. Ainsi donq’ tout ce qui est entrelassé, ou atta-
ché à quelque chose pour ornement, & non seulle-
ment aux vases, mais aux dressoirs ou buffets, pa-
rois, pavez, vestemens, brief à toutes autres choses
quelconques, se peust appeller Embleme, comme
est la figure de quelque animal, ou autre ouvrage
d’esprit. Toutesfois par translation, ce nom se prent
pour une maniere d’oraison ornee & revestue de
quelques couleurs, & comme peintures de sentences.
Mais icy, Emblemes ne sont autre chose que quel-
ques peintures ingenieusement inventees par hommes
d’esprit, representees, & semblables aux lettres Hie-
roglyphiques des Egyptiens, qui contenoient les se-
crets de la sagesse de ces anciens là par le moyen de
certaines devises, & comme pourtraits sacrez: de la-
quelle doctrine ils ne permettoient que les myste-
res fussent communiquez sinon à ceux qui en estoient
capables, & qui d’ailleurs estoient bien entendus: &
non sans bonne raison en excluoient le vulgai-
re profane. Car nostre auteur, à l’imitation d’iceux
lors que se reposant un petit du severe travail des
loix, il s’esgayoit és lettres humaines, de plusieurs
endroits des meilleurs ouvriers il a en partie choi-
sy quelques devises pleines de bon sens & inven-
tion: & en partie aussi en a basti d’aultres à sa fan-
tasie, qu’il a revestues de nouvelle parure: toutes
lesquelles (pour ne sembler porter quelque envie
aux mediocrement doctes, à raison de ceste partie
de science vrayement gentile) il a illustrees & en-
richies d’explication bien elegante, & docte, là où
chasque peincture a son Epigramme pour esclar-
cissement, par mots purs & choisis autant que ce
peust. Or bien qu’il y ait de diverses sortes d’Em-
blemes, ils peuvent ce neantmoins estre reduits à
trois genres, tellement que les uns soient historiques,
comme est celuy de la statue de la Lionne d’airain
eslevee en la citadelle d’Athenes: le triomphe de
Marc Antoine, sur Ciceron, occis: la description du
Hun Scythic. Il y en a qui sont Physiques: comme
les simulacres de Bacchus & Pallas: la pieté de la
Cicongne: qui toutesfois peuvent tous estre rap-
portez aux moeurs.

Page icon  Link to an image of this page  [ã8v]
CLARISSIMI VIRI ANDREAE
ALCIATI IN LIBRUM
Emblematum Praefatio ad
Chonradum Peutinge-
rum Augustanum.

DUM pueros iuglans, iuvenes dum tessera fallit,
Detinet & segnes chartula picta viros:
Haec nos festivis Emblemata cudimus horis,
Artificum illustri signaque facta manu.
Vestibus ut torulos, petasis ut figere parmas,
Et valeat tacitis scribere quisque notis.
At tibi supremus pretiosa nomismata Caesar,
Et veterum eximias donet habere manus.
Ipse dabo vati chartacea munera vates,
Quae, Chonrade, mei pignus amoris habe.

SUum libellum Emblematum consecrat nobili vi-
ro Chonrado Peutingero Augustano, Caesaris
Maximiliani à Consiliis. Primò suum studium lau-
dat ex dissimilibus aliorum studiis: occasionem
huius opusculi conscribendi aperit: usum Emble-
matum, finemque statuit: ad extremum amico ho-
mini suum libellum modestè commendat.

Page icon  Link to an image of this page  [A1r f1r]
Preface
DU SEIGNEUR ANDRÉ
ALCIAT SUR SES EMBLEMES,
à Chonrad Peutinger, citoyen d’Ausbourg,
Conseiller de l’Empereur
Maximilian.

PEndant que les enfans s’amusent
Au jeu des noix ensemblement,
Les jeunes gens aux dez s’abusent.
Ou aux chartes oysivement,
Moy j’ay basty pareillement,
De plusieurs endroits cest ouvrage
Cherchant aux jours d’esbastement
Les traicts de maint grand personnage:
Afin que tous gentils esprits
Prennent matiere de devises
Exprimans par muets escrits
Leurs intentions y comprises.
Et que telles enseignes mises
Sur chapeaux, robes, & habits
Ainsi inventees & prises
Nous servent de bien grands devis.
Or’ que le grand Cesar t’honore,
Chonrad, de joyaux precieux,
D’or, d’argent, & te donne encore
Les ouvrages ingenieux
Des antiques: moy pour le mieux
Des vers j’offre à toy qui es poëte,
Que tu prendras d’un front joyeux
Pour un gage d’amour honneste.

Page icon  Link to an image of this page  [A1r f1v]

IL dedie son livre des Emblemes au Sei-
gneur Chonrad Peutinger, ci-
toyen d’Ausbourg, & Conseiller de l’Em-
pereur Maximilian. En premier il recom-
mande son labeur, par comparaison des
jeux accoustumez aux autres: en apres il de-
couvre l’occasion qui l’a meut de composer
ce petit livre icy: puis il monstre l’usage
des Emblemes, & à quoy ils peuvent servir:
en fin il recommande soy-mesme & son Li-
vre modestement à son amy.


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